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Gregor Fisken est un gentleman driver qui a participé à quatre reprises aux 24 heures du Mans. Personnage extrêmement sympathique et attachant, il s'est livré pour nous au sujet de ses différentes participations, de l'Endurance en 2009, de son métier... Attention, ce fou amoureux de voitures est contagieux...
Tout d'abord, nous faisons remarquer à Gregor Fisken que la table, sur laquelle nous travaillons, est superbe. En effet, il s'agit d'un bloc moteur Matra (V12 bien sûr) surmonté d'une plaque de verre. Magnifique. Il dit que la plupart des gens lui disent que c'est dommage d'avoir condamné ce bloc. Il nous explique qu'il «a récupéré ce bloc en morceaux, le moteur était sur le sol et je l'ai fait reconstruire. Mais c'est juste pour le montrer, à l'intérieur, c'est vide. Il y a même certaines pièces qui ne sont pas Matra ! Mais c'est vrai que ce fut un projet sympa!»
Vous avez couru avec Courage, Aston Martin, Lola et Porsche en Le Mans Series et aux 24 Heures du Mans ? De quoi vous rappelez-vous le plus en Le Mans Series ?
«Ah, ma meilleure course eut lieu lors de la dernière manche des Le Mans Series à laquelle j'ai participé : les Mille Milas au Bresil, à Interlagos en 2007. C'est ma meilleure course car c'était une course de 1000 miles (soit plus de1600 kilomètres)qui se déroulait de jour et de nuit. Et à cette course, on avait vraiment le sentiment d'endurance. C'est sans aucun doute le circuit le plus sombre la nuit parce que au Mans ou à Spa, vous avez les lumières. Mais à Interlagos, c'est complètement sombre ! J'y étais avec l'Aston Martin DBR9 Larbre Compétition. On avait une forte opposition car il y avait la Corvette C6.R du team Luc Alphand Aventures avec des pilotes usines comme Oliver Gavin ou encore Olivier Beretta. Leur équipage était très fort. Ils pensaient nous battre facilement mais ils ont eu un problème avec leur boite de vitesses. Quant à nous, on avait aussi un bon équipage avec en plus de moi, Fernando Rees qui est vraiment talentueux, personne ne savait ce qu'il valait car il était méconnu et n'avait jamais conduit de GT. Il arrivait des World Series by Renault. Le troisième était Roland Bervillé. Je le connais bien, on avait déjà fait Le Mans ensemble et je sais qu'il fait du bon boulot. Le dernier était Steve Zacchia, j'avais déjà aussi couru avec lui. On s'entendait vraiment bien. On a fini 1er en GT1 et on finit 6ème au général.
Cette saison-là n'a pas été toujours facile, notre meilleur résultat était une 4ème place de catégorie à Silverstone. Ce fut une saison où l'Aston n'a jamais très bien marché. La voiture sœur de C.Bouchut / F.Gollin / G.Gardel , ils se sont battus avec Corvette. Ils sont montés sur le podium mais n'ont pas gagné. Pour nous, l'année n'avait pas été très bonne mais elle s'est bien terminée !Au Mans, on a fini et ce fut génial d'être là et de faire partie de l'équipe l'année où Aston Martin a connu le succès ! Malheureusement pour nous, nous avons été le seul équipage Aston Martin à connaitre un problème mécanique ! A 2 heures du matin, on était sixième des GT1, nous étions vraiment contents, on était en avance par rapport à où on pensait être à cette heure-là. Ensuite, on a eu des soucis et on a perdu beaucoup de temps. Aston Martin avait six Aston engagées et Aston voulait que les six finissent. On était dans un cas où on aurait pu ne pas finir mais on a réparé et on est repartis ! Ce fut une bonne course de 24 heures pour moi. La DBR9 est une super voiture, elle est très excitante mais elle est bien plus difficile à conduire qu'un prototype !»
Vous avez participé aux 24 heures du Mans à quatre reprises. Quel est votre meilleur souvenir ?
«Il n'y a que des bons souvenirs ! Chaque année m'a apporté de fantastiques souvenirs. Ma première participation est un bon souvenir, on a fini 18ème au général. On a eu une course sans histoire, aucun problème ! D'habitude dans cette catégorie, les voitures susceptibles de gagner connaissent des problèmes ou abandonnent mais cette année-là, elles furent incroyablement fiables en 2004 ! Je pense que si cela avait été une autre année, on aurait fini sur le podium. Mais on finit 6ème de la catégorie et on était vraiment heureux. Ce fut une super course, le team était très bon (le Racer's Group, ndlr), c'était la première année de la Porsche RSR et on a été la seule équipe à passer de la boite séquentielle à une boite manuelle parce que l'on pensait que l'on aurait des problèmes avec la boite séquentielle. Mais personne n'a eu de soucis, Porsche avait résolu tous les problèmes ! On n'a eu aucun avantage avec la boite manuelle mais je pense que pour moi, venant des courses historiques, c'est génial de pouvoir dire : «J'ai fait Le Mans avec une voiture qui avait une boite de vitesses manuelle !» C'était la fin d'une génération, la fin d'une ère ! C'était donc une bonne façon de finir une ère pour en démarrer une autre.
L'année suivante, j'ai piloté en LMP2 pour Lola. Tout allait bien, on menait la catégorie avec quatre tours d'avance quand le moteur a cassé à 2 heures du matin ! On était vraiment déçu. J'ai conduit avec une femme, Liz Halliday. Elle a fait un super travail. Mais le vrai leader de notre équipage était Sam Hancock qui a fait un boulot fantastique. C'est un pilote brillant. On est devenus bons amis et avec ses relations avec Jean-Marc Gounon et Yves Courage, je suis arrivé chez Courage Compétition en LMP1 pour les LMS en 2006.
J’ai couru avec Jean-Marc Gounon et Alexander Frei. Ce fut juste une expérience extraordinaire ! Jean-Marc Gounon est un pilote tellement talentueux et rapide. Et surtout, il m'a beaucoup aidé à améliorer mon pilotage. Sur la piste, on était vraiment compétitifs et en dehors de la piste, on s'est bien marré ! Il a une grande personnalité, on blaguait beaucoup et ce fut une saison heureuse. Mais on a eu tellement de soucis de fiabilité avec la voiture. Au début on était désavantagés avec les pneus Yokohama mais la firme a travaillé très dur et les pneus se sont beaucoup améliorés au fil de la saison. Pas les pneus pluie mais les slicks. Ils sont devenus tout simplement excellents. Jean-Marc a tellement travaillé avec les ingénieurs de la marque. Quant aux courses, on était souvent 1er ou 2ème ou 3ème puis on avait des ennuis, on chutait dans le classement, on remontait puis on abandonnait. Notre meilleur résultat fut 6ème à Donington. Si la voiture avait été un peu plus fiable, on aurait fait une super année contre l'équipe Pescarolo. Cela aurait été bien pour Alexander et moi car nous ne sommes pas professionnels. Le Mans 2007 fut un vrai désastre. On était sixième et ensuite on est passé par les stands. Et ensuite, on a eu des problèmes, des problèmes, tellement de problèmes. Je n'ai jamais passé autant de temps dans les stands durant une course. Finalement, la suspension s'est cassée au Dunlop, je suis sorti dans le gravier puis il a fallu que je fasse tout le reste du circuit sur trois roues et arrivé au Virage Porsche, je voulais tourner vers la gauche, elle allait à droite et inversement. Et pendant ce temps-là, les autres voitures me frôlaient. Au milieu de la nuit, j'ai eu une crevaison à l'arrière au même endroit et il a encore fallu que je fasse le reste sur le circuit. Je suis revenu aux stands mais je n'avais plus confiance en la voiture. J'ai ensuite fait un relais de quatre heures du matin à six heures, la direction n'était pas parfaite mais j'ai enfin eu un bon relais dans la voiture. On n'avait plus rien à espérer mais j'ai donné la voiture à Sam à 6 heures, il a fait un bon relais mais à 9 heures, il m'a réveillé et il m'a dit : «C'est fini». J'ai fait : «Oh non !» On avait passé la nuit mais il m'a dit : «Non, le moteur est cassé !» C'est dommage pour Yves Courage qui avait une super équipe. Il y avait un contrat avec un constructeur motoriste (Mugen Honda), il y avait Yokohama...Il y avait soixante personnes du Japon qui travaillaient avec nous, c'était incroyable.»
A vous entendre, on pourrait penser que la DBR9 est la meilleure voiture que vous avez pu conduire ? Est-ce vrai ?
«Vous savez les quatre voitures étaient toutes différentes et elles ont marqué mon parcours à leur manière. Elles avaient toutes la possibilité de gagner. La première année avec la Porsche RSR, on aurait pu gagner la catégorie, elle en avait le potentiel. L'année suivante, la Lola B05-40 AER était une voiture pour la gagne, c'était une super voiture. En 2006, on avait aussi une bonne voiture même avec ses problèmes de fiabilité...mais là non, on n'aurait pas pu gagner la catégorie, mais j'ai adoré cette année-là. Et en 2007, je pense que la voiture, cette année là, a prouvé qu'elle pouvait gagner la catégorie GT1 ! Mais comme je l'ai dit, un prototype est plus facile à piloter qu'une GT ! J'ai aussi conduit des voitures historiques qui étaient fabuleuses. J'ai eu la chance de piloter la fameuse Ferrari 330 P3 ainsi que la Maserati 250 F au Festival de Goodwood ou encore la Ford GT40 que je possède. Ce sont aussi des voitures extraordinaires...mais d'une époque différente.
Revenons à Yves Courage, que pensez-vous de lui ?
«Yves est quelqu'un de très gentil. Je tiens à le remercier car il a pris un grand risque avec moi. Tout cela est venu de Sam (Hancock). La première fois que j'ai pris la voiture en mains c'était à Magny-Cours. Yves était là. J'ai fait attention surtout à ne pas commettre d'erreur, de ne pas abîmer la voiture et à m'habituer à l'aérodynamique. Finalement, on a fait la saison Le Mans Series ensemble et même si on a connu beaucoup de soucis de fiabilité, ce fut une expérience fabuleuse ! Yves a vraiment été courageux de m'engager ! »
Que pensez-vous de l'Endurance maintenant ?
« Je suis toujours cette discipline de près. Je pense que l'on va vivre une année fabuleuse et plus particulièrement au Mans. Je pense que dans la Sarthe, on va vivre l'une des plus belles éditions de l'histoire de cette course. Quand on regarde le plateau : 3 Audi officielles, 2 Audi privées, 4 Peugeot 908 et 3 Aston Martin officielles. Cela va être fantastique. Sans oublier les meilleures essence comme Pescarolo Sport et Oreca ! Non, vraiment on va vivre un moment unique ! J'espère en faire partie ! »
Justement a-t-on des chances de vous voir en LMS ou aux 24 Heures du Mans ?
«Je ne sais pas encore mais c'est vrai que j'aimerais. L'année dernière, j'ai participé à une course d'ALMS (les 12 Heures de Sebring) mais je n'ai pas eu la possibilité de faire le reste de la saison. J'ai énormément de travail qui m'empêche de m'investir en course automobile en ce moment. Cette année, j'aimerais bien faire une ou deux courses de Le Mans Series mais il faut aussi pour cela que je trouve un budget. Mon principal sponsor qui est JCB a des soucis économiques liés à la crise et a été obligé de licencier beaucoup de ses employés et il serait mal venu qu'il me finance en ce moment. Donc si j'arrive à trouver un budget, j'aimerais faire quelques courses et le mieux serait de faire Le Mans.
Avez-vous des contacts ?
Oui, j'en ai quelques uns en LMP2 et en GT1 et je suis toujours en contact avec mon ami Jack Leconte et son écurie Larbre Compétition (...malheureusement, la voiture n'est que sixième suppléante et à l'heure actuelle, aucune équipe n'a déclaré forfait. Il semble que cela sera difficile pour cette voiture de figurer sur la grille au mois de Juin)
Que représente le Mans pour vous ? On sait ce que peut représenter cette course pour un professionnel mais pour un amateur ?
«Le Mans, c'est le must de ce qui existe. C'est la plus grande course du monde ! Je suis vraiment lié à cette course de par ma carrière de pilote et de par les voitures que je vends et qui ont très souvent un passé de compétition et du Mans en particulier. Je suis très content de les avoir déjà fait quatre fois. Vous savez, c'est un événement mondial. Prenez en comparaison le tournoi de Wimbledon ! C'est comme si un amateur jouait sur le «Central Court» face à un joueur professionnel le jour de la finale. Le Mans c'est un peu pareil. Il y a toujours eu dans l'histoire du Mans de bons amateurs qui ont souvent réussi à tirer leur épingle du jeu en étant régulier et en ne faisant pas de fautes. Et ceux-là ont décroché de bons voir des très bons résultats et en face, il y avait des pilotes professionnels
Certains prennent ou utilisent le mot «gentleman driver» pour quelque chose de péjoratif. Ce n'est pas du tout le cas pour moi. Si lors de ma mort, on écrit l'épitaphe suivant sur ma tombe : «gentleman driver», j'en serai fier voire même honoré !


Pouvez-vous nous parler de vos affaires ! Qu'est-ce que le Fisken Fine Historic ?
Quel est votre métier ?
Je vends des véhicules historiques et qui ont pour la majorité un passé de course ! Certains ont même participé au Mans. J'ai un garage à Kensington ( voir site), dans l'une des rues les plus célèbres de Londres qui est connu pour ses véhicules historiques. Je pourrais même dire que c'est l'un des garages les plus connus en matière de voitures historiques. Nous exposons les véhicules qui sont à vendre. Ce sont généralement des propriétaires privés qui nous les donnent pour qu'on les expose afin qu'elles soient vendues. On peut aussi travailler pour des musées ou des collectionneurs privés. On vend les plus belles voitures qui puissent exister : Ferrari 250 GTO, des Ferrari 250 Tour de France, des Bugatti, des Bentley, des Jaguar C ou D de course ou encore des Ford GT40 ! Donc vous imaginez bien que l'on joue sur des grosses sommes !
En effet, Gregor Fisken exposait à Rétromobile une Peugeot 3 litres de 1920/1921 Indianapolis, une Bentley 4 ½ Litre Supercharged de 1930, une Jaguar XK120 (ex le Mans 1950), une Ferrari 275 GTB/C de 1966 et une Ford GT40 de 1968 (ex GT40 engagée par le Ford France pour Guy Ligier et Jo Schlesser et qui est la propriété de Gregor Fisken)